Un monde peuplé de loups extravagants aux pouvoirs surnaturels !
 

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 Le Dénouement

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Shakapick
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» Personnages : TATSU.
8 ans [11][x2 Rajeunir utilisés]
En couple avec Ether.
Mère de Quartz et Sethek.

Glowstick bleu : à l'obtention, s'est transformée en entité véhiculant des âmes vengeresses. Est forcée d'en accomplir la volonté en tuant les loups ayant perpétré contre elles une trahison de tout sorte.

Pouvoir inné : comme sa mère, peut créer de petites illusions translucides.

Dispose d'une immense paire d'ailes bleues lumineuses qu'elle peut faire apparaître, disparaître, ou rendre invisible à sa guise. Ne lui permettent que de planer.

SETHEK
3 ans [3]
Louveteau Séide.
Fils de Tatsu et Ether, frère de Quartz.







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MessageSujet: Le Dénouement   Sam 18 Fév 2017, 11:19


    SUJET SOLO

    La Forêt Pluviale …

    C’était un endroit qu’elle avait toujours particulièrement aimé. De son jeune temps, sitôt son devoir accompli auprès de chacun des temples, elle venait profiter de son temps libre ici. C’était pourtant un lieu humide, et au premier regard, on pouvait ne pas le juger très accueillant. Pourtant, c’était ici que se trouvait le temple de Yurai, dissimulé derrière une cascade qui plongeait dans une rivière bordée de pierres scintillantes. Pour elle, venir ici avait toujours été un véritable plaisir. Elle avait aimé son travail. Il avait, pour ainsi dire, été toute sa vie. Si les dieux ne se manifestaient pas à chaque fois, elle avait pu ressentir systématiquement leur présence. Elle avait œuvré tout au long de son existence pour eux, en les priant, en les honorant et en les gâtant d’offrande. Avec chacun d’entre eux, y compris la difficile Ao, elle avait entretenu d’excellentes relations. Oui, on pouvait le présenter ainsi : Valka était fière. Devenir une aînée et ne plus se rendre chaque jour aux temples avait été pour elle un véritable brise-cœur. Même après quelques lunes d’arrêt, elle ne se sentait toujours pas très bien. Les répercussions de son combat contre Everbloom n’avaient aidé en rien. Déjà fort âgée, Valka avait d’énormes difficultés à se déplacer depuis sa chute lors de l’affrontement. Elle était restée si longtemps à ne pas bouger, ou au mieux, à se rendre sur le plateau, laissant les autres chasser pour elle et s’abreuvant dans les rares flaques d’eau dans la pierre. Depuis, son état s’était amélioré. Elle était à nouveau en mesure de voyager, mais cheminait avec raideur et lenteur. Elle n’avait plus la moindre souplesse et mettait énormément de temps à aller d’un bout à l’autre de l’île, et avait besoin de faire des pauses régulières et prolongées si elle voulait aller au bout de ses voyages.
    Yurai lui manquait beaucoup, depuis qu’elle était devenue Ancienne. Alors, une ou deux fois par lune tout au plus, elle entreprenait une fois encore ce périple vers les bois, vers la cascade, vers le temple et y passait un ou deux jours d’affilée. Elle chassait de nuit si elle en était capable et se contentait de peu, afin de revenir le plus rapidement possible vers la demeure de la corneille. Le plaisir qu’elle ressentait alors n’avait pas de nom. La déesse n’avait pas besoin de se montrer, Valka se contentait de ressentir sa présence dans chaque particule de l’air, dans l’énergie qui dansait fébrilement autour de son glowstick, dans les yeux scintillants de la statue qui semblait toujours si prête à s’animer. Cela lui suffisait.

    Ce jour-là, pourtant, Yurai lui fit une surprise. A peine était-elle entrée dans le temple que le temple s’anima. Une lueur pourpre auréola l’effigie de Yurai, ses yeux s’illuminèrent, et une manifestation de la déesse s’en extirpa. Ce n’était pas une image très commune. D’ordinaire, Yurai soignait toujours ses apparitions, au contraire d’autres divinités. Mais cette fois-ci, elle semblait presque réellement là, sans avoir modelé d’illusion pour apparaître aux yeux de la Zélote. Son corps remplissait toute la grotte. Sa respiration créait un souffle puissant qui charriait la poussière au sol et balayait le pelage de Valka. Le halo de lumière qui l’entourait émettait une douce mélodie à peine perceptible, un carillon qui apaisait l’âme de la vieille louve fatiguée. Une paire d’aile s’agitait sur les flancs de la divinité – au moindre de ses mouvements, quelques plumes pourpres tombaient au sol, aussitôt remplacées par de nouvelles. Les yeux brillants d’émotion et de gratitude, elle s’inclina avec raideur face à la déesse. Puis elle se redressa.

    Yurai s’était couchée, juste en face d’elle, les pattes étendues vers l’avant. Son regard n’avait jamais été aussi triste. Ebranlée jusqu’aux tréfonds de son âme, Valka sursauta et recula d’un pas en couchant les oreilles, la queue rabattue entre les pattes postérieures. Etait-elle à l’origine de la tristesse de la déesse ? L’avait-elle déçue, d’une quelconque manière ? Le visage de Yurai réagit aux pensées de la louve, qu’elle pouvait assurément percevoir. Sa tête obliqua sur le côté, et ses yeux se fermèrent, avant de s’ouvrir à nouveau quelques secondes plus tard. La divinité semblait déchirer. Valka n’osait pas parler. Si elle souhaitait se confier à elle, elle le ferait, Yurai savait qu’elle pouvait avoir une confiance aveugle en elle. Leur relation datait de si longtemps, et était si profonde, la louve n’avait pas à la pousser à s’épancher, elle le ferait d’elle-même, si elle en avait envie. Et elle en avait l’air … Seulement, quelque chose de puissant la retenait. Si par moment sa gueule s’entrouvrait, elle se refermait aussitôt, et son regard se baissait d’un air coupable. Perdue, Valka finit par s’assoir, ses pattes tremblantes refusant de la porter. Finalement, la Corneille releva le regard pour le planter une ultime fois dans celui de la vieille louve. Yurai approcha son museau du sien, le plus près possible, sans pour autant la toucher, car cela lui était interdit. Elle ferma les yeux et soupira profondément. Valka clos les paupières et profita de l’instant, sans oser bouger, ni dire le moindre mot.

    Je suis désolée, Valka.

    L’illusion de la déesse s’estompa petit à petit. La lèvre inférieure tremblante, Valka hésita jusqu’à la dernière seconde, puis se précipita vers sa déesse au moment où son image s’évanouissait totalement. Elle demeura seule au centre du temple, désemparée, incapable de comprendre.

    Elle ouvrit les yeux dans un sursaut.
    La fourrure hérissée et trempée de sueur, Valka se trouvait au milieu de la caverne, exactement comme dans son rêve. Jamais la présence de la déesse ne s’était faite si réelle, et pourtant, tout cela n’avait été qu’un songe. Ou plutôt, une vision. La chamane, de par son expérience, savait faire la différence entre un simple rêve et un véritable message des dieux. Ce qu’elle venait de vivre n’était pas le fruit de son imagination : loin de là. La tristesse de Yurai refusait de quitter son propre cœur, et l’avait contaminée avec autant de virulence que la corruption qui avait sévit dans les terres de l’île. Le chagrin et le regret avaient planté leurs racines dans l’esprit de Valka, et florissaient avec une énergie qui sapait la sienne. Elle s’assit, et se força à se reprendre, dardant sur la statue un regard plein d’épouvante et d’interrogation. Malgré les timides prières qu’elle murmura mentalement, rien en se produisit, mais elle n’en avait qu’à peine nourrit l’espoir. Elle poussa un soupir et plongea le regard dans la fontaine. La surface du fluide magique était parfaitement lisse. Pas une ride n’en altérait l’apparence. A force de l’observer fixement, le regard de la louve finit par ne plus distinguer que le néant, un point invisible, et sa vue se troubla.

    Qu’est-ce qui pouvait rendre Yurai si triste ?

    ***

    Les fourrés s’ouvrirent dans un tourbillon de tiges, d’écorce et de feuilles, et le silence fut troublé par un rugissement.

    Des pattes longues et fines, pour ne pas dire squelettiques, parées de longues griffes acérées, précédèrent un corps tout aussi svelte dont le pelage beige couturé de cicatrices laissait apparaître des côtes qui saillaient sous la peau mal entretenue. La créature mugit une nouvelle fois, plaquant les oreilles contre son crâne, le vent tirant sur ses crins d’ébène. Crocs apparents, elle sentit la bave lui couler sur la mâchoire inférieure et secoua la tête. Son regard rougit par la faim et la fureur ne quittait pas sa cible des yeux.

    Apeurée, la solitaire fuyait de toute la vitesse de ses pattes, mais c’était loin d’être suffisant. Celle qui la poursuivait n’avait rien de naturel. Et pourtant, elle aurait pu paraître presque normale : elle portait un Glowstick, c’était donc une Séide ou une Brethen, une louve, comme les autres. Mais l’aura qui l’entourait n’avait rien de commun. Elle était entourée de brume, et derrière elle, la bête laissait un sillon obscur, une trainée d’ombres et de poussière néfastes, alors que le silence se remplissait petit à petit de murmures et de cris à mesure qu’elle se rapprochait d’elle. Etait-ce un monstre qui aurait revêtu l’apparence d’un loup pour berner ses proies ? Pourquoi voulait-elle l’attaquer ? Que lui avait-elle fait ? L’incompréhension accentuait sa terreur, et à force de jeter des coups d’oeils derrière elle, la louve finit par tomber. Son hurlement de terreur fut couvert par celui, tonitruant, de la créature qui se jeta sur elle. La solitaire ferma les yeux, et pour la première fois, se surprit à prier. Quelle ironie. Elle qui avait toujours rejeté la religion se jetait désormais dans ses bras, à l’aube d’un trépas assurément lent et douloureux. Pourtant, rien ne se produisit. Elle ne sentit que la force brute, qu’elle n’aurait jamais imaginé venant d’une louve si maigre, des pattes de la bête la plaquant au sol. Elle sentit aussi ses griffes lui perforer la peau sans se planter dans sa chair, comme pour lui intimer de rester tranquille. Elle osa ouvrir les yeux : le regard de son assaillante, bleu et or, était dénué de pupilles. Sa gueule était grande ouverte, ses horribles crocs démesurés luisants de salive, mais son mouvement était figé. Elle ne bougeait plus.

    Le glowstick pendu à son cou se mit alors à luire encore plus fort. Le halo bleu illumina son poitrail et fit plisser les yeux de la solitaire. Une mélopée s’extirpa de la poitrine gonflée de l’inconnue. Elle crut alors voir la brume s’agiter, tourbillonner, avancer et reculer en même temps. Par moment, elle avait même l’impression de voir des visages, images succinctes qui lui donnaient le tournis. Et ce chant, lugubre, morbide, qui ne cessait de lui vriller les tympans.
    Puis l’étrange et effrayante créature prit une grande inspiration.
    Les murmures se firent hurlements. Elle sentit toute son énergie être aspirée dans un vortex qui aurait pu l’emporter toute entière. Elle lutta, de toutes ses forces, mais sa vie était tout simplement happée par son adversaire. Elle lui sortait par les narines, par la gueule, par les oreilles et par les yeux, sous la forme d’un flux blanc et pourpre se dirigeant vers la gueule toujours grande ouverte de la louve. Puis la tête de la solitaire retomba au sol. Son corps était noirci, terni et terriblement amaigri : il ne lui restait plus que la peau et des os si fragilisés que s’appuyer dessus les réduisaient en poussière.

    Tatsu lâcha sa proie et recula, luttant pour respirer. L’énergie trouva son chemin jusqu’à l’amalgame d’âmes, au fin fond de son esprit. Il avait grandi, depuis le temps, au fil des victimes qu’elle avait assassiné pour lui. La malédiction ne l’avait jamais laissée en paix. Depuis son étrange vision, où elle s’était vue au-dessus d’un cadavre dont la vue la faisait pleurer, l’urgence de tuer s’était faite plus forte. Pourtant, jamais elle ne se souvenait de qui il s’agissait à son réveil. Mais la tristesse était intense, à tel point qu’elle aurait presque pu la rendre folle. Alors, les Errants prenaient le dessus, et leur chant lancinant la poussait à se remettre en chasse. Hélas, incapable de trouver sa victime, Tatsu moissonnait les terres en tuant tout être ressemblant de près ou de loin à ce qu’elle voyait dans son songe. Un loup, au pelage clair, aux longs cheveux. C’était tout ce qu’elle savait de lui, ou d’elle.
    Il y avait peu de chances que ce fut un solitaire. Mais elle lui ressemblait, du moins, elle en avait l’impression. Tatsu se convulsait, hurlait sa douleur, se recroquevilla, se roula en boule au sol, et attendit. Un bref et miséricordieux de silence pur et total se fit dans son esprit, et instantanément, elle sombra dans le sommeil. Une demie-minute plus tard, l’appel des Errants retentissait à nouveau.
    Elle se cabra et rugit sa colère et sa frustration. Jamais ils ne la laisseraient en paix ! Ce n’était sûrement qu’un jeu. Aucun des Errants n’avait de cible à lui donner. Alors, ils la harcelaient, la pousser à tuer n’importe qui, juste pour le plaisir de la voir souffrir. Oh, que la cruauté d’Ao ne connaissait aucune limite ! Qui aurait pu croire qu’une divinité sensée être bien intentionnée lui aurait fait le don d’un pouvoir aussi maudit ? Elle chercha, comme à chaque fois, à lutter, mais les Errants la firent plier, comme d’habitude. Ce qui n’était plus que l’ombre de Tatsu se remit en chasse, la tête basse, la mâchoire inférieure légèrement tordue, une oreille ne tenant plus droit, les côtes apparentes et la démarche incertaine et boitillante. Elle quitta les Plaines Savanes, laissant derrière elle le cadavre de la femelle aussitôt pris d’assaut par les charognards, et mit le cap sur le désert. Là, il serait très facile de repérer une éventuelle victime. Ça avait déjà été le cas dans les plaines, mais le travail lui serait encore plus facilité là-bas. Haletante, elle pria de toutes ses forces pour que celui que les Errants cherchaient se trouveraient là-bas, et que cette tourmente trouverait enfin son terme. Il était de plus en plus difficile de la gérer, en parallèle de ses obligations chez les Séides. Durant Everbloom, elle avait laissé les malades à eux-mêmes, et n’avait pas été là lorsqu’ils avaient fini par se transformer, intégralement dévorés par la corruption. Elle ne l’avait appris que bien plus tard. Elle n’avait pas été là non plus pour affronter le Cœur de cette corruption, et était revenue après la guerre. Puis, quelques jours après seulement, elle s’était remise en chasse, incapable de dissimuler la malédiction qui la rongeait.
    Entre deux meurtres, elle avait dû revenir afin de mettre bas. Cela avait été expéditif. Ce genre de douleur ne signifiait plus rien pour elle, qui vivait chaque jour une souffrance tellement plus vive. Le soir-même, elle était partie, comptant sur les autres mères et les nourrices pour prendre soin de cette progéniture à laquelle elle ne pensait même pas. Elle en était si détachée, c’était comme si elle ne la considérait même pas, comme si elle s’efforçait à croire qu’elle n’existait pas. Avec un peu de chance, de cette façon, elle finirait par disparaître.

    Car comment Tatsu pourrait-elle se revendiquer mère ?
    Même si ceux qu’elle tuait méritait d’être punis d’une façon ou d’une autre, ils ne méritaient pas forcément de mourir.
    Et leur meurtrière, c’était bien elle. Personne d’autre.

    ***

    Valka était sortie de la caverne pour prendre un peu d’air frais.
    L’humidité de l’air et la présence de la rivière faisaient que la température n’était jamais bien haute au cœur de cette forêt, mais elle se complaisait de ce temps ni trop froid, ni trop chaud. Habituée à la pluie, sa fourrure devenue très imperméable l’isolait même au cœur du déluge. En cheminant précautionneusement sur les roches couvertes d’eau, Valka réfléchissait. De toute sa vie, jamais elle n’avait vu un dieu s’adresser ainsi à un mortel. Y compris elle-même. Toute son expérience et son savoir ne l’aidaient pas à comprendre ce qui venait de se passer. Elle bondit sur la terre ferme, jouissant du contact de l’herbe fraîche sous ses pattes, et prit une grande inspiration. Les dieux étaient sujets aux mêmes émotions que les mortels, elle l’avait toujours su. Peut-être même les ressentaient-ils encore plus fort qu’eux. Mais de là à chercher réconfort auprès d’une mortelle, même si elle était Zélote …
    En un éclair, la chamane décida d’agir. Elle huma le vent et se glissa dans son sens, se mettant immédiatement en traque. Elle n’avait jamais été très bonne chasseuse, mais ici, elle était chez elle. Elle connaissait chaque arbre, chaque rocher, chaque clairière, chaque terrier. Elle était comme un poisson dans l’eau, et avait cet avantage-là sur les proies paniquées aux trousses desquelles elle se jetait. Ce n’était pas pour elle, mais pour Yurai. Préparer un hommage digne de ce nom aiderait sans nul doute la déesse à trouver du réconfort et à affronter l’obstacle qui la chagrinait tant. Un écureuil ramassait de la nourriture entre les racines noueuses d’un arbre sans feuilles. Il était très gras, et visiblement mal réveillé, sortit de son très long sommeil qui l’amènerait jusqu’au printemps par manque de provisions. La louve plaqua les oreilles en arrière et attendit. Elle se rapprocha sans bruit le plus près possible, avant de bondir sur lui. Elle l’attrapa par la queue et se hâta de l’achever sans souffrances. En chemin, elle ramassa aussi des herbes, des plantes et des fleurs, et disposa le tout sur l’autel une fois rentrée. Elle termina sur une longue prière, dans laquelle elle adressait tout son soutien à la déesse, les yeux clos.
    Elle les rouvrit soudain, se rendant compte qu’elle avait totalement fait fausse route.
    Oui, Yurai était triste, et c’était cela qu’elle avait retenu. Mais au-delà de ça, Yurai s’était excusée auprès de Valka, comme si elle avait commis une erreur vis-à-vis d’elle, ou qu’elle lui avait causé le moindre tort. A sa connaissance, c’était totalement faux. Son cœur serra. L’effort qu’elle avait déployé dans la chasse et dans l’offrande lui avait mis du baume au cœur, mais face à cette considération, la louve en revenait au point de départ et se sentait aussi désemparée qu’au début. Elle leva les yeux vers la statue de Yurai, croisant son regard figé dans la roche.

    - Tu n’as rien à te reprocher, Ô Yurai … Tu es la représentation de la douceur, de la compréhension, de la justice et de l’amour sur cette terre ravagée par l’intolérance et la haine … A mes yeux, tu représentes la forme la plus parfaite de perfection.

    Sa voix éraillée s’éteint, puis elle se racla la gorge avant de déglutir. Emue, elle se tut plus tôt qu’elle ne l’aurait souhaité, et détourna la tête. Yurai ne répondait pas. Sa présence était tenue, mais toujours bien là, comme si elle avait voulu se manifester pour de bon, mais que quelque chose la retenait. De plus en plus mal à l’aise, Valka se leva, et s’inclina, avant de reculer vers la sortie.

    - Je reviendrais te rendre visite demain, Yurai. Je vais te laisser, à présent. Souviens-toi que je n’éprouve que de la reconnaissance et de l’affection pour toi. Je t’ai dédié ma vie, et je continuerais à t’honorer pour chaque petit jour de plus que la Vie voudra bien m’accorder. Je t’aime, Yurai.

    Elle courba l’échine et sortit du temple.
    C’était la première fois qu’elle avait ressenti autant de malaise ici.
    De l’autre côté de la cascade, elle hésita, tourna la tête, et jeta un coup d’œil derrière elle. Avait-elle raison de laisser Yurai seule ? Elle n’était pas un louveteau qui avait besoin qu’on le rassure. Il valait sûrement mieux pour Valka qu’elle ne commence à se mettre en route pour rentrer chez elle. Elle leva la tête vers le ciel, plissant légèrement les yeux alors que les rayons du soleil, ayant largement passé son zénith, l’éblouissaient. Une légère brise jouait avec ses cheveux, s’amusant à les tordre en légères boucles, avant de les laisser retomber sur son encolure. Elle soupira, et mit le cap vers le nord, vers les montagnes, vers son foyer. Pourtant, tout son instinct lui hurlait de ne pas partir trop loin du temple. Elle fit route vers l’orée des bois, déterminée à ignorer la voix qui la poussait à rester ici, pour finalement y céder juste avant de débarquer dans l’Erg Ocre. Elle fit demi-tour et revînt sur ses traces, et s’engouffra dans les profondeurs de la Forêt Pluviale, quittant le sentier principal pour pénétrer au cœur des bois. Elle s’installa au milieu de l’énorme souche d’un très vieil arbre, s’y roula en boule, et posa la tête sur le rebord de bois. Dans sa ligne de mire, à plusieurs dizaine de mètres de là, à peine discernable entre les nombreux troncs qui se trouvaient dans son champ de vision, elle apercevait l’aura cristalline de la cascade qui luisait sous le soleil.
    Elle ne pouvait pas partir. Elle n’y arrivait pas. Le cœur battant, elle attendit, sans vraiment savoir quoi.

    ***

    Comme prévu, il ne fut pas difficile de discerner sa victime.
    Surtout que cette fois-ci, elle portait un glowstick.
    Du haut de la dune, elle déploya ses ailes. L’ombre qu’elle projetait sous elle était gigantesque, car le soleil brillait juste derrière elle. En se rapprochant de sa cible, elle lui en masqua l’éclat, la plongeant une fraction de secondes dans les ombres avant de la faucher violemment. Les griffes de ses pattes antérieures se fichèrent directement dans sa gorge. Elle la reversa, la traina ainsi sur une courte distance, et la plaqua finalement au sol, sourde à ses hurlements de surprise et de douleur devenus des aboiements de rage en reconnaissant de qui il s’agissait. C’était un Séide. Un Archiviste, si elle ne se trompait pas. Il n’avait pas cédé longtemps à la terreur, et essayait désormais vainement de se défendre. Il parvînt tout de même à lacérer le ventre fragile de Tatsu, qui bondit en arrière en réagissant à la souffrance. Alors que le mâle se relevait, le poitrail couvert de sang, pour repartir à l’assaut, le pouvoir de Tatsu s’activa et elle se mit à happer l’âme du malheureux à une vitesse fulgurante. Son corps n’eut même pas le temps de protester que le processus était déjà terminé, mais il la laissa dans le même état qu’à l’ordinaire. Elle chuta, son corps se convulsa, ses cotes déjà à moitié cassées crièrent grâce, et ses pattes refusèrent de la porter à nouveau. Elle trembla, étendue de tout son long sur le sable tiède, n’osant même pas espérer.
    Ça aurait de toute façon été une perte de temps. L’appel résonnait à nouveau dans sa tête, comme elle s’en doutait. Mais cette fois, elle ne pouvait plus bouger. Toutes ses forces l’avaient abandonnée : Tatsu était en train de mourir. En prenant petit à petit conscience de ce fait, elle cessa de s’agiter, essayant de conserver le peu d’énergie qui coulait encore dans ses veines. Elle essaya de s’immobiliser complètement, mais hélas, elle ne contrôlait pas les tremblements qui secouaient son corps tout entier. Les Errants s’acharnèrent contre elle. Leurs griffes glacées lacéraient son esprit sans relâche, lui faisaient tourner en boucle des images horribles derrière ses paupières closes. Jamais ils ne s’étaient montrés aussi violents, aussi cruels. Tatsu attendit, agonisante, que tout cela ne s’arrête. Elle n’envisageait même plus la mort avec crainte, désormais, ni avec regret : c’était la sainte et douce délivrance qu’elle attendait tant.
    Pour elle. Pour sa mère. Pour ses enfants. Pour la meute.
    Et pour Ether, même s’il ne le comprendrait probablement jamais.
    Son pouvoir s’éteignit soudain.
    Dans le silence, elle entendit alors le vacarme de sa respiration, le flux d’énergie dans son corps, les battements de son cœur. Le sifflement de vent, le frémissement des grains de sable. Le son de la vie. Toute cette mélodie qu’elle n’entendait plus, car les âmes avait pris la place de tout le reste. Un sourire affreux étira les lèvres de la louve, entre une joie indescriptible et une souffrance qui l’empêchait d’en profiter réellement. Etait-ce vraiment terminé ? Constatant que Tatsu ne pouvait plus leur être utile, les Errants étaient-ils partis ? Elle n’osait y croire, et pourtant, les minutes s’écoulaient, et les heures à leur tour, et jamais le murmure incessant des esprits en quête de vengeance ne revinrent la hanter. Son glowstick demeurait éteint.
    Des larmes de joie ruisselaient sur les joues de la louve, qui ferma lentement les yeux, un léger et très doux sourire aux lèvres.
    Elle allait pouvoir mourir en paix.

    ***

    Le plus urgent, le plus atroce et le plus douloureux des sentiments étreignit le cœur de Valka.
    Elle se redressa, pointa les oreilles, entrouvrit la gueule et huma l’air frénétiquement. Tout son être était en alerte. Son instinct lui hurlait que quelque chose d’atroce venait de se passer, mais dans l’instant, elle était incapable de déterminer de quoi il s’agissait. Dans un tourbillon de poils et de feuilles mortes, elle se jeta en avant et galopa aussi vite que ses pattes lui permettaient en direction de la caverne. Elle traversa la cascade et pénétra à l’intérieur, freinant sa course en plantant les griffes dans le sol de pierre pour ne pas rentrer en plein dans la statue de Yurai. Rien. Le souffle court, elle sentit dans l’air la même tension et la même terreur qu’elle ressentait elle-même. Après avoir croisé le regard vide de l’effigie de Yurai, elle ressortit lentement, et reprit sa course aussitôt dehors. Guidée par un sixième sens, elle progressait rapidement, ou du moins aussi vite que son âge ne le lui permettait, et finit par quitter la Forêt Pluviale sans lui jeter le moindre regard. L’herbe laissa place à une terre nue, et la terre nue à un terrain sablonneux dont les grains s’infiltraient entre ses doigts. Elle n’en avait cure. Valka courrait, toujours droit devant, le cœur lacéré par l’angoisse. Elle ne connaissait que très peu cet endroit. Elle ne connaissait qu’une seule voie, constituée de ses propres repères, construits avec le temps, pour aller au temple de Dairo. L’immensité désertique du lieu ne l’avait jamais particulièrement attirée. N’étant pas elle-même disciple de la Renarde, elle s’était plusieurs fois laissée bernée par des illusions, et en avait conservé un mauvais souvenir – et surtout, beaucoup de honte. Ce jour-là, pourtant, elle ne leur prêtait aucune attention. Son regard pétillait en tous sens, jusqu’à ce qu’il ne se pose sur une masse, au sol, sur une parcelle de terrain relativement plat encadré par de multiples dunes de hauteurs variées. Elle ralentit sa course, l’observa de loin, se posant la question bien que son cœur eut déjà la réponse. Elle avait juste espéré, une fraction de seconde, qu’il se trompait. Il l’avait déjà fait, en choisissant le mauvais amant, en trompant les bons amis, en prenant des décisions qu’il aurait mieux valu ignorer. En suivant une voie qui allait apporter des réponses aux siens, mais en soulevant d’autres questions, et surtout, en apportant une horreur qui aurait pu être évitée si elle n’avait pas décidé de se mêler du passé.
    Mais cette fois, son cœur avait raison.
    C’était bien sa chair, son sang, qui était étendu là, livrée aux cieux et au soleil, aux côtés d’un cadavre déjà pourrissant et presque déjà réduit à l’état de poussière. Elle reconnaissait là l’œuvre du pouvoir maudit et cataclysmique de sa fille, de sa pauvre enfant. Ses yeux se firent brillants de larmes à peine retenues. Pourquoi ? Pourquoi avait-elle mérité un tel sort ? Qu’avait-elle fait de mal, sinon de venir au monde, et de prêter allégeance à la Dragonne ? Tatsu avait été la plus pure, la plus innocente, la plus douce, la plus gentille de toutes les petites louves du monde. Elle avait fait la fierté de sa mère, et elle lui vouait un amour indescriptible. Ce qui se trouvait devant elle, était-ce seulement la même petite boule d’énergie et de candeur qu’elle avait connu ? Elle ne lui ressemblait pas. Elle était amaigrie, son regard cerclé de profondes cernes violettes et creuses, ses cotes saillaient sous son pelage balafré et miteux, où il ne restait par endroits que de la peau squameuse. Tremblante, Valka s’approcha lentement, terrorisée. Les flancs de Tatsu se soulevaient encore, mais très faiblement. Son souffle était rauque, ses paupières refusaient de s’ouvrir. Son glowstick était éteint.
    La vieille louve s’assit avec raideur, et leva le regard vers le ciel. Rompue de retenir ses larmes, elle les laissa se déverser en silence sur son visage. Maintenant, elle comprenait ce que voulait dire Yurai. Elle comprenait sa tristesse et son incapacité à lui en dire plus. Le cœur au bord des lèvres, elle ferma les yeux, adressa une prière muette à la Corneille, et à la Dragonne, qui aurait dû protéger plus qu’elle ne l’avait fait son innocente disciple, et s’allongea à côté d’elle. Sa cadette eut un léger frémissement, et poussa un bref soupir rauque. Valka enfouit alors son museau dans la fourrure de sa fille pour étouffer ses sanglots.

    Innocente … Innocente … Innocente …

    Le murmure tourbillonnait inlassablement dans sa tête. Elle reconnaissait la voix d’Ao, mais ne comprenait pas pourquoi ni comment elle pouvait la percevoir d’ici, depuis le territoire de la Renarde. Pourtant, elle était là. Il lui semblait que son approche était repoussée, très certainement par Dairo qui refusait que la déesse bleue ne vienne sur son propre territoire. Néanmoins, sa voix continuait à raisonner dans la tête de la chamane.

    Innocente, elle l’est peut-être, mais pas toi.


    Coincée entre une espèce de sommeil malsain et un réveil inachevé et imparfait, elle essaya de s’extirper du pseudo songe et de couper le lien glacé qui la liait à la Dragonne, alors qu’elle s’imposait en elle.

    Une juste punition pour toi.

    Elle rouvrit brusquement les yeux et se mit à tousser, reculant prestement. A nouveau, Tatsu eut un léger mouvement, mais fut incapable de se retourner ou même de s’assoir. Elle gémit, et Valka s’approcha à nouveau d’elle. Elle la vit lutter pour ouvrir les paupières, mais n’aperçut que le blanc de ses yeux.

    - Je … Te ferai … Rien. Je ferai … Plus jamais … De mal …
    - Chuuuut, murmurais Valka, Ne dis rien. Ne parle pas. Repose-toi.
    - Oui … Le repos …

    Des heures durant, elles restèrent ainsi. Pendant quelques minutes, Valka partait à la recherche de quelques plantes, mais l’aridité du lieu l’empêchait de trouver des remèdes vraiment utiles, et elle ne pouvait pas laisser sa fille sans surveillance trop longtemps. Alors, elle se contenta de lécher ses plaies, de la surveiller, de la laisser se reposer. Lorsqu’elle semblait assez éveillée, elle essayait de replacer ses os disloqués, ajoutant de la douleur à sa souffrance et se maudissant pour cela. Quoiqu’il arrivait, jamais les dires d’Ao ne quittaient son esprit. Tatsu n’avait rien d’une punition, c’était une bénédiction. Ce qui lui arrivait était entièrement la faute de la Dragonne. Tous ses crimes étaient liés au pouvoir qu’elle lui avait donné. Une rage sans pareille s’empara de son cœur. Comment osait-elle ? C’était indigne d’une divinité du panthéon. Une véritable honte.

    - Je ne veux pas rester ici …


    Tatsu essayait de se remettre sur ses pattes, mais Valka l’en empêcha. D’une voix très douce, elle lui proposa de passer la nuit ici, et de partir un peu avant l’aube si elle s’en sentait capable. La chamane en doutait. Son cœur lui murmurait que la louve partirait dans la nuit, emportée par son sommeil. Autant que cette perspective lui brisait le cœur et lui ôtait littéralement toute envie de vivre, Valka l’espérait. C’était la plus belle, la plus noble et la plus douce des morts. Elle se blottit contre sa fille, qui enfouit sa tête contre sa poitrine à la longue et douce fourrure, et l’enlaça de ses pattes. Ainsi lovées l’une contre l’autre, elles passèrent la nuit, l’une dormant d’un sommeil profond et sans rêves, l’autre pleurant doucement la perte proche de ce qui constituait tout son monde.
    Les premières lueurs de l’aube teintaient le ciel de rose, de gris et de pourpre. Le peu de vie qui sillonnait l’Erg Ocre commençait à s’animer doucement. Un vent frais agita les crins emmêlés de Valka, qui pressa la truffe contre la joue de sa fille. Elle était très froide, mais elle respirait encore. L’espoir s’insinua alors en elle, et les battements de son cœur s’accélérèrent. Elle ne dit cependant pas un mot, et attendit que Tatsu ne se réveille d’elle-même. Ce qu’elle fit, bien plus tard, alors que le soleil pointait derrière une légère bande de nuages blancs. La matinée allait être belle, pleine de promesses et d’optimisme, qui gagna très rapidement l’esprit toujours battant de la chamane. Le regard or et glace de sa fille se plongea dans le sien. C’était le même que celui qu’elle avait, étant petit. Plein d’amour, de malice et de douceur. Elle colla sa tête contre la sienne et étreignit sa mère. Celle-ci ferma les yeux, profitant simplement de l’instant. Tatsu recula ensuite et parvint à se mettre sur le ventre, les pattes étendues devant elle.

    - Je … Je veux vraiment partir d’ici.
    - Veux-tu que j’attrape d’abord une proie ?
    - Ici ? On ne trouvera rien.



    Elle se mit à tousser vigoureusement. Il lui fallait de l’eau. Quelle déveine que de s’être retrouvée ici, dans l’un des territoires les plus inhospitaliers de l’île ! Toutefois, elle avait raison, elles ne pouvaient pas rester indéfiniment ici. Mais la Zélote doutait que Tatsu puisse aller bien loin. A nouveau, le désarroi s’empara d’elle.

    - Je peux t’aider à rejoindre le temple de Dairo. Elle veillera sur toi, le temps que je rentre chez nous et demande de l’aide pour te ramener.

    Elle la regarda avec anxiété. Elle doutait, elle aussi, d’être capable de faire le chemin jusqu’au temple. Pourtant, elle finit par s’assoir, puis par se lever, s’appuyant de presque tout son poids contre le corps frêle et fatigué de sa mère. Cela allait être une véritable épreuve, pour toutes les deux.

    - On va y arriver, assura Valka.

    Elle activa son pouvoir et fit appel à l’aspect de la terre. Elle se déplaçait lentement, mais ses os et ses muscles étaient fortifiés, si bien qu’elle pouvait laisser Tatsu se servir d’elle comme d’un appui sans en subir de conséquences. Néanmoins, à moins de la moitié du parcours, elle dut désactiver son pouvoir pour ne pas s’écrouler de fatigue. Le reste de leur progression fut d’autant plus lente et difficile, jusqu’à ce que la vielle louve ne s’écroule. Tatsu tenta de garder l’équilibre toute seule, et se sentit tomber à son tour. Le désespoir explosa alors en elle. Elle chuta, et au dernier moment, planta une patte ferme et vigoureuse dans le sol. Il lui donnait une énergie nouvelle, une âpre et farouche envie de vivre et de se battre pour y parvenir. Elle leva la tête vers l’horizon. Au loin, elle apercevait des arbres. Elles avaient pris une mauvaise direction, et s’étaient perdues – Valka était sans doute trop épuisée pour bien repérer le chemin complexe qui menait vers le temple de Dairo. Mais elles pouvaient au moins rallier la Forêt Pluviale.
    Tatsu s’allongea près de sa mère, et la veilla, comme elle l’avait fait pour elle. Patiemment, et en somnolant légèrement tout en guettant les alentours, elle attendit que les forces ne lui reviennent afin de poursuivre leur avancée. Environ une heure plus tard, la chamane se releva, encore tremblante, et elles reprirent la route d’une allure lente et incertaine.
    C’était un voyage des plus douloureux et des plus pénibles, et pourtant, Valka se sentait revivre. Il y avait si longtemps qu’elles ne s’étaient pas retrouvées ainsi, l’une avec l’autre, sans que le poids du pouvoir de Tatsu ne ternisse l’atmosphère. Quant à cette dernière, c’était une véritable libération. Elle s’était vue mourir, et avait désiré ardemment cette délivrance, mais elle marchait encore, elle tenait debout, et elle avait soif de vivre, de rattraper cette jeunesse qu’on lui avait dérobé sans raison. Elle baissa lentement les yeux sur son poitrail pour contempler son glowstick. Il était toujours éteint. Elle poussa un soupir et s’immobilisa. Valka continua sur sa lancée pendant quelques secondes, avant de se rendre compte que Tatsu n’était plus à son côté, et s’arrêtant en pivotant, la considérant avec interrogation.

    - Je peux le briser, maintenant.


    C’était une affirmation, pas une question. Perplexe, la chamane dévisagea Tatsu en silence. Si son glowstick ne fonctionnait plus, elle pouvait s’en débarrasser, il ne lui servait à rien et ne la liait plus à la déesse. Dans le bon ordre des choses, elle devrait plutôt se rendre au temple, en faire part à Ao, et en réclamer un nouveau. Elle considéra longuement sa fille, yeux dans les yeux, et y lut la réponse à son interrogation muette. Elle ne le ferait pas. Comment le pourrait-elle, après ce que la divinité lui avait fait subir ? D’un autre côté, c’était tout de même la bonne chose à faire. Rien ne l’obligeait à se montrer aussi stupide qu’Ao – oui, Valka trouvait que le comportement de la déesse était impardonnable, incompréhensible et inadmissible, et pour la première fois, en serait presque venue à blasphémer.

    - Ramène-le plutôt au temple. Ainsi, tu resteras dans les règles. Elle ne pourra rien te faire de plus.
    - Je ne sais pas.


    Tatsu courba l’échine. Mâchoires serrées, elle contempla ses pattes un instant avant de se redresser avec raideur, le visage empreint d’épuisement et d’angoisse.

    - Peut-être qu’il est juste … Temporairement inactif. Un glowstick ne cesse pas d’émettre son pouvoir comme ça.

    - Ton pouvoir était plus que particulier.
    - Oui. Certes. Mais je pense que ce n’est pas définitif. Si je ne le brise pas maintenant, avec la plus parfaite des excuses, je n’aurai peut-être plus jamais l’occasion de le faire sans m’attirer davantage les foudres d’Ao.



Dernière édition par Shakapick le Sam 18 Fév 2017, 11:44, édité 1 fois
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Mère de Quartz et Sethek.

Glowstick bleu : à l'obtention, s'est transformée en entité véhiculant des âmes vengeresses. Est forcée d'en accomplir la volonté en tuant les loups ayant perpétré contre elles une trahison de tout sorte.

Pouvoir inné : comme sa mère, peut créer de petites illusions translucides.

Dispose d'une immense paire d'ailes bleues lumineuses qu'elle peut faire apparaître, disparaître, ou rendre invisible à sa guise. Ne lui permettent que de planer.

SETHEK
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MessageSujet: Re: Le Dénouement   Sam 18 Fév 2017, 11:22

    Elle s’arrêta et déglutit difficilement. Elle ne comprenait pas pourquoi Ao s’acharnait ainsi sur elle. Valka, elle, l’avait appris aujourd’hui, ou du moins faisait vraiment face à la réalité aujourd’hui. L’avait-elle su depuis longtemps, et l’avait simplement refoulé ? Peut-être. C’était une question à laquelle on ne répondrait probablement jamais. Devait-elle lui dire ? Elle se demandait si cela aiderait Tatsu d’une façon ou d’une autre. Elle la dévisagea si longuement, et avec tant d’insistance, que sa fille commença à percevoir son trouble. Elle inclina la tête sur le côté et plissa les yeux.

    - Qu’y a-il ?

    - Ao, comme toute divinité, est omnisciente. Elle sait ce qui se passe avec ton glowstick.
    - Mais il est inactif. C’est une raison pour le détruire.
    - C’est une raison pour en demander un autre.
    - S’il ne me sert à rien, j’ai tous les droits de le jeter.
    - Elle te demandera de l’amener, pour preuve.
    - Mais elle est omnisciente, tu l’as dit toi-même !
    - Ce sera un signe de ta bonne foi à ses yeux.


    La savante céda à une hilarité sans joie et incontrôlée. Valka orienta légèrement les oreilles vers l’arrière et déglutit péniblement, le regard fuyant. Son échine se hérissa à peine et ses épaules se tendirent.

    - Faire preuve de bonne foi aux yeux d’Ao ! Comme si voir ma vie ruinée sans raison et accepter ce sort sans jamais lui tourner le dos n’était pas suffisant !
    - Je suis désolée, Tatsu, je ne voulais pas …
    - Peu importe. Elle m’a déjà fait bien trop souffrir. Je ne veux pas te blesser, Maman, mais je ne peux plus faire confiance à Ao. Ma souffrance est terminée.
    - Je sais peut-être pourquoi elle a fait ça.


    Recroquevillée sur elle-même, Tatsu allait saisir le tube de verre entre ses crocs lorsque la phrase de sa mère lui fit relever la tête, sourcils froncés et lèvres légèrement entrouvertes. La chamane se trémoussait sur place, mal à l’aise. Elle évitait toujours le regard de sa fille, et sentait la tension grimper en flèche en elle. Pourquoi avait-elle dit ça ? Impossible de revenir en arrière, de toute façon. Bonne, ou mauvaise idée, elle était lancée.

    - Ao … Je pense qu’elle t’a donné ce pouvoir … Enfin, cette malédiction, afin de m’atteindre. De me … Punir.

    Elle avait du mal à formuler ses phrases, à trouver les bons mots pour ne pas paraître folle. Elle sentait le regard de Tatsu sur elle et se sentit de plus en plus bouillir. Ses joues étaient en feu et sa gorge était sèche. La louve au pelage beige restait silencieuse, intensément concentrée, alors son aînée poursuivit dans son raisonnement.

    - Je pense qu’elle a voulu me faire souffrir, en te faisant souffrir. Me punir, en te maudissant, et en me forçant à voir mon enfant unique consumé par un destin affreux.

    - Je ne comprends pas, rétorqua Tatsu en fronçant les sourcils et en secouant la tête. Te punir de quoi ?


    Valka retînt son souffle. Au moment où Tatsu posa la question, elle sembla trouver la réponse par elle-même. Elle se redressa, autant que son corps meurtri ne le lui permettait, pointa les oreilles et arrondit les yeux, le visage empreint par un mélange complexe de stupéfaction, d’horreur, de tristesse et de colère. Elle sentait son souffle court et rapide, l’entendait saturer le silence. Le cœur battant, la Savante posa un regard si acéré sur la chamane que celle-ci baissa la tête et rabattit la queue entre les pattes arrières.

    - Raw …
    lâcha Tatsu entre ses crocs serrés.

    Valka acquiesça en hochant la tête. Elle laissa un moment à Tatsu pour analyser ses dires, ne sachant pas où se mettre pour s’épargner la fureur de sa fille, qui de toute évidence, n’aurait plus su tarder. Finalement, celle-ci tourna la tête vers elle et ferma les yeux à demi avant de pousser un profond soupir qui lui creusa la poitrine.

    - Tu penses qu’elle n’aurait pas digéré … Ca se tient.

    - Elle a toujours été si intransigeante sur les règles, si implacable. Elle m’a murmuré que contrairement à toi, je n’étais pas innocente.

    Tatsu serra les mâchoires, les yeux exorbités, et tenta de retenir un long gémissement de souffrance qui lui échappa malgré ses efforts. Animée par une sorte d’attaque de panique, elle se mit à haleter compulsivement, et se mit sur ses pattes malgré son corps tremblant. Elle regarda autour d’elle, comme si elle craignait de subir un danger imminent, puis posa un regard habité sur sa mère, une patte levée et la fourrure hérissée. Le cœur de Valka se brisa à la vue de sa fille, terrorisée, amaigrie, blessée, couverte de griffes, de contusions et de bosses, le visage émacié et la fourrure mitée. Et surtout, cette peur qui venait de s’emparer d’elle donnait au tableau malheureux que représentait Tatsu une dernière touche d’horreur, dont elle aurait pu se passer. Le souffle court, elle baissa les yeux sur son glowstick, et le fixa longuement, avant de relever la tête et de serrer les mâchoires. Ses babines se retroussèrent, dévoilant ses crocs abimés, et un grondement s’échappa de sa gorge. Puis elle bondit maladroitement vers l’avant et se mit à courir, d’une démarche hésitante et mal assurée, manquant de trébucher à chaque pas. Valka n’aurait eu aucun mal à la rattraper, mais elle comprenait ce qu’elle ressentait et ne voulait pas l’importuner en se jeter impunément à ses trousses. Toutefois, elle suivit sa piste, et la suivit au pas, consciente qu’elle ne pourrait de toute façon pas aller bien loin dans son état.
    Du moins, c’était ce qu’elle croyait.
    Elle suivit sa trace dans la Forêt Pluviale, mais finit par la traverser alors qu’elle pensait la trouver dans une clairière, ou près d’une rivière. Elle s’était bien arrêtée pour se désaltérer, et avait sûrement dû déterrer des charognes, puisqu’elle ne la pensait pas capable de chasser dans son état. Valka cheminait dans les sous-bois qui se clairsemaient pour laisser place aux plaines, et lorsqu’à l’horizon elle découvrit la brume, et que ses narines devinèrent les effluves typiques des marécages, elle marqua un temps d’arrêt et poussa un profond soupir, courbant l’échine, épuisée au-delà des mots.

    Où allait-elle ainsi ?

    ***

    Tatsu avait traversé la forêt et le delta sans s’arrêter. Elle n’était pas allée très vite, mais elle avait progressé sans s’arrêter. De toute façon, son corps ne ressentait plus rien. Ca n’avait absolument rien de rassurant, bien au contraire, cela signifiait qu’elle n’était pas encore tirée d’affaire, et que ses jours lui étaient encore comptés. Mais si elle n’accomplissait pas ce dernier voyage, sa vie aurait été vaine de toute façon. Elle traversa le Delta Embourbé péniblement, et bien trop lentement à son goût. Le territoire portait encore les traces du passage d’Everbloom et de sa vile corruption. La végétation, très dense, était toutefois endormie et ne présentait plus le moindre danger. Des restes de mousses séchaient lentement sur les rochers et les troncs des quelques arbres des environs. Des plantes et des fleurs jusque-là introuvables dans le Delta subsistaient encore, pliant sous l’assaut combiné du vent et des températures glaciales. Lorsque le vent se fit plus vigoureux et plus frais, elle sentit un soulagement intense l’envahir, et lui donner la force de continuer. Petit à petit, l’eau devenait plus froide, l’atmosphère plus vivifiante. Son champ de vision se réduisait petit à petit, mais cela n’avait rien à voir avec la fatigue : c’était de la brume.
    Arrivée aux portes du territoire d’Ao, elle fit une courte pause pour reprendre son souffle. Son esprit n’était pas des plus clairs, mais au moins, elle était déterminée. Elle se dirigea en direction du temple, le cœur battant. Il y avait si longtemps qu’elle n’était pas revenue ici. En fait, en y réfléchissant bien, elle n’était pas revenue depuis la cérémonie de remise de glowstick. Elle ne se sentait pas la bienvenue, ici, surtout en l’état actuel des choses. Le vent semblait lui murmurer des mots menaçants, si bien que par moment, elle jetait des regards fugaces vers son glowstick pour s’assurer qu’il ne s’était pas rallumé. Cela lui donnait l’impression que les Errants étaient de retour. Enfermée dans les limbes de brume, elle parvint toutefois à retrouver son chemin. Une fois aux abords du temple, elle hésita longuement. De légers flocons de neige se mirent à tomber, et la faisaient frémir lorsqu’ils se posaient sur elle. Elle déglutit, leva un regard interrogateur vers le ciel, mais celui-ci ne lui fournit aucune réponse. Alors, lentement, elle avala la distance qui la séparait du temple et pénétra à l’intérieur.
    Elle fut accueillie par un silence glacial. Le liquide bleu glace semblait figé aux pieds de la statue de la Dragonne. Pas un bruit, pas un signe n’indiquait qu’elle était là. Ca ne l’étonnait guère. Elle s’assit et tenta de faire le vide dans son esprit. Elle ferma les yeux, et demeura ainsi un long moment, avant de prendre la parole.

    - Ao. Pardonne-moi de troubler ton repos. Si je viens aujourd’hui, c’est parce que mon âme est troublée et souffrante. Ma mère, Valka, m’a parlé. Tu le sais sans doute déjà. Elle m’a fait part … De choses affreuses. De révélations que j’ai du mal à croire. Je viens vers toi aujourd’hui pour lever le voile du doute sur ces propos. Ao. S’il te plaît. Explique-moi ce qu’est mon pouvoir. Dis-moi pourquoi, subitement, alors que je m’apprêtais à mourir, mon glowstick a cessé de fonctionner.

    Elle baissa la tête, et à l’aide de sa patte droite, fit glisser le cordon de son collier par-dessus sa tête, de manière à l’enlever et à déposer le glowstick au sol, au creux de ses pattes.

    - De nombreuses fois, j’ai songé à le briser … Aujourd’hui encore, j’ai pensé que c’était la chose à faire. Personne n’est mort pour avoir fait ça, après tout, de nombreux loups ont osé le faire. Mais pas moi, Ao. Moi … Je t’ai juré fidélité, et j’aimerais te servir et te rendre fière jusqu’à ma mort. C’est tout ce que je souhaite …

    Elle marqua une pause, prit une grande inspiration pour tenter de rester la plus sereine possible face à la statue silencieuse, et sentit ses pattes trembler légèrement.

    - Mais … Si tu m’utilises pour atteindre ma mère, je ne … Je ne pourrais plus te suivre, Ao. Je ne pourrais plus te faire confiance. Alors, si ma mère se trompe, je t’en conjure, viens m’expliquer. Je t’en supplie. J’ai besoin de comprendre.

    Elle s’inclina et attendit, de longues minutes. Les instants passaient, sans qu’elle ne puisse vraiment dire combien de temps s’était écoulé, mais rien ne se produisit. Le silence était toujours aussi froid. Ao ne se manifesta pas. Pourtant, elle l’entendait, Tatsu en était certaine. Elle choisissait simplement de ne pas lui apparaître. La rage monta d’un seul coup en elle et atteint directement des sommets.

    - Très bien. Ao, j’en appelle à ta parole de déesse. Si ma mère se trompe, apparais-moi maintenant. Autrement, j’en déduirais qu’elle à raison, et que tu t’es servie d’une mortelle pour en atteindre une autre. Ce qui ferait de toi une traîtresse.

    Un son strident lui vrilla les tympans. Elle lutta un bref instant mais fut obligée de ployer sous la douleur, mâchoires serrées et babines retroussées. Puis, brutalement, un silence irritant retomba dans le temple. Mais la déesse n’apparut pas. Ao était au-dessus des menaces, elle le savait bien, mais elle était à court d’idées. En proie à une colère ingérable, Tatsu se redressa et retroussa les babines, foudroya la statue du regard et lui tourna le dos pour rapidement sortir du temple. Elle ne s’arrêta pas là et continua de galoper sur quelques mètres, le vent emportant ses larmes derrière elle, lorsqu’elle entendit un appel. Par pur réflexe, elle se tourna vers le temple qu’elle venait de quitter et fronça les sourcils. La voix retentit à nouveau, masquée par le vent qui s’était levé et soufflait désormais très fort dans la Lande. Tatsu tenta de lever les oreilles, mais celui-ci les rabattait contre son crâne. A nouveau, elle entendit son nom, et finit par apercevoir une frêle forme essayer de marcher droit malgré l’assaut des éléments. En reconnaissant Valka, Tatsu se rapprocha d’elle et s’arrêta en face de la louve brune.

    - Elle refuse de me répondre ! hurla-t-elle pour se faire entendre.
    - L’inverse m’aurait étonné.

    Elle l’avait à peine entendue. La longue crinière de Valka était ballottée par les vents en tous sens. Son regard était saturé de tristesse et d’interrogations. La louve était épuisée … Elle tenait à peine sur ses maigres pattes flageolantes, et se tenait courbée vers l’avant tant ses épaules la faisaient souffrir. Un brusque élan de compassion étreignit le cœur de Tatsu, qui sentit sa colère s’amenuiser, sans pour autant disparaître complètement. Elle avait désormais une explication à l’origine de son pouvoir, mais ne parvenait pas à en vouloir à sa mère. Et pourtant. Pourtant, en un sens, elle était bel et bien responsable de ce qui lui arrivait. Elle était à blâmer, car elle avait transgressé les règles, des règles qu’en sa qualité de Conseillère, Tatsu s’appliquait à faire respecter, parfois même avec intransigeance. Valka avait trahi Tequeela, et Raw aussi d’ailleurs, sauf que lui n’avait curieusement jamais payé pour ça. Elle serra les mâchoires, sentant un déclic s'opérer en elle. Si Valka n’avait pas été sa mère, l’aurait-elle punie aussi sévèrement qu’Ao ? La réponse était évidente.
    Oui.
    Peut-être n’aurait-elle pas choisi de s’en prendre à un parent innocent pour la punir, mais en même temps, peut-être que si. L’idée en soi n’était pas mauvaise, après tout. Ecraser le fruit d’un amour interdit tout en répercutant toute la culpabilité sur la traitresse … Ao avait fait preuve d’ingéniosité. Valka lui posa une question, mais elle ne l’entendit pas, et tourna la tête vers le temple. Qui était vraiment la plus cruelle des deux ?
    Valka, qui avait cédé à ses sentiments, qui s’était précipité dans les bras d’un mâle trahissant sa légitime compagne, en parfaite connaissance des choses, en sachant qu’elle engendrerait une progéniture qui, d’une manière ou d’un autre, allait payer pour son geste ?
    Ou Ao, qui avait trouvé le moyen de remettre à sa place celle qui avait perpétué son crime, tout en rappelant magistralement à l’enfant qu’il ne méritait pas de vivre ?
    Oui, décidément, tout ceci avait un sens. Un sens macabre, glacial et horrible, mais un sens tout de même pur et intangible.

    Les battements du cœur de Tatsu se firent plus assurés, plus puissants, créant des pulsations dans ses tempes désormais bien moins douloureuses. Elle se tenait plus droite qu’auparavant, et son regard était différent – moins voilé, moins triste, plus tenace et assuré. Elle pouvait presque sentir l’énergie couler dans ses veines à l’instar du sang, et lui redonner un souffle nouveau, qui acheva de mettre son esprit au clair.
    Valka, de son coté, avait perçu le changement, mais la surprise n’était pas au rendez-vous. Fatiguée, elle l’était vraiment, la vieille louve qui n’avait fait que courir après son destin, tout au long de sa vie. Devenir une Ancienne avait au départ été très compliqué, mais maintenant, la perspective de se reposer lui paraissait comme très alléchante. Elle était trop vieille pour ce genre de voyage, trop vieille pour ce genre de problèmes. Mais elle les accomplissait, et les gérait, pour le bien de sa fille. Elle œuvrait pour cela, depuis toujours, malgré les hauts et les bas, et se refusait d’arrêter maintenant. Mais avait-elle raison ? N’avait-elle pas compris, depuis le jour où on lui avait remis son Glowstick, que Tatsu ne finirait plus par distinguer le bien du mal ? Que son don allait forcément altérer son être, et la transformer en quelqu’un de radicalement différent ? N’avait-elle pas pleuré sa fille, n’avait-elle pas porté son deuil, à partir du moment où elle s’était confiée à elle pour lui révéler l’essence même de son pouvoir ?
    Si, bien sûr que si. Mais Valka avait toujours voulu aller plus loin. Avec l’Histoire, avec Raw, face aux Precursors, au malheur de sa bien-aimée fille, pour les Séides, il avait toujours fallu qu’elle outrepasse ses propres limites, sans forcément bien évaluer les conséquences de son insistance. Elle avait enterré mentalement sa fille, avait essayé de tirer un trait sur elle, mais n’avait pu s’empêcher de continuer à l’aider. Elle l’avait tuée, et ressuscitée un peu chaque jour, en espérant peut-être bien naïvement au fin fond de son être que tout pourrait s’arranger. Mais aujourd’hui, avec une lucidité parfaite, Valka sut qu’elle allait en payer le prix. Car elle savait ce qui était en train de s’opérer en Tatsu. Elle le sentait. Et attendait simplement que la finalité de son destin ne s’accomplisse.

    Tatsu prit une longue inspiration.
    Ses yeux désormais grands ouverts ne cillaient pas en consumant Valka du regard. Ses épaules désormais droites portaient sa nuque et sa tête en un port altier. Ses mâchoires serrées s’entrouvrirent au moment où son glowstick se ralluma. Le feu dansant de ses prunelles or et glace virèrent au noir lorsque ses pupilles se dilatèrent et englobèrent entièrement ses yeux. Sa gueule s’ouvrit davantage dans un craquement horrible, comme si ses mâchoires avaient trop forcé et s’étaient cassées dans le processus. Ses crocs s’allongèrent, sa poitrine gonfla pour gagner en volume. Ses griffes grandissaient et se plantaient dans le sol meuble de la lande.

    - Valka …


    La voix de Tatsu était chargée d’échos, et surplombée par des dizaines, des centaines d’autres, qui parlaient avec elle à l’unisson. Pourtant, dans ce méandre, Valka distinguait encore celle de sa fille, et s’y accrocha en fermant les yeux lentement les yeux.

    - L’heure est venue de te racheter, pour la trahison que tu as commise.

    Elle n’ouvrit pas les paupières. Elle demeura parfaitement immobile et détendue, presque sereine.

    - Que Justice soit faite.


    Les yeux de Tatsu s’écarquillèrent, et sous la puissance du flux, elle se cabra, fermement campée sur ses pattes arrières. Valka ne bougeait pas, mais contre sa volonté, son pouvoir s’activa. Son glowstick, devenu aussi lumineux qu’un petit soleil violet, émit un rayon de lumière qui fit barrage à l’aspiration de Tatsu. Celle-ci ingérait l’énergie, jusqu’à se rendre compte qu’il ne s’agissait pas de ce qu’elle était venue chercher. Elle retomba à quatre pattes et poussa un rugissement rageur, répété par les milliers d’âmes qu’elle abritait en elle.
    Valka ouvrit les yeux, et battit des cils, confuse. Elle remarqua l’éclat inhabituel de son glowstick, et comprit alors en un éclair que les éléments essayaient de la défendre. Malgré les circonstances, elle se sentit touchée, émue. Elle adressa mille louanges et remerciements à la terre, à l’air, à l’eau et au feu, s’étaient matérialisés tous les quatre sous la forme d’orbes de couleurs pour la défendre face au courroux qu’elle avait réveillé. Puis elle se tourna pour saisir le chapelet qui retenait le croc de dragon dans lequel le liquide magique de la fontaine de Yurai avait été versé, noué autour de sa queue, et le déposa entre ses pattes.

    Pardonne-moi, Yurai.

    Alors que les éléments s’apprêtaient à frapper, Valka les congédia. Avec un grand cri d’incompréhension, l’incarnation des éléments lutta farouchement, mais finit par s’évanouir. Le visage de Tatsu fut déchiré par un rictus carnassier et triomphal, alors qu’elle posait son regard fou sur Valka. Lentement, elle lui tourna autour, et Valka ne fit que la suivre des yeux. Puis la louve possédée s’arrêta en face d’elle et baissa la tête, très bas, frôlant le sol de sa truffe. Un cri étrange s’échappa de la gorge de Tatsu, un bruit faible et aigu, semblable à un sanglot étouffé. La chamane ne comprit pas tout de suite ce qui était en train de se passer. Puis la réponse lui sauta aux yeux. Comme les éléments, Tatsu se débattait – encore. Mais si ces derniers avaient peut-être eu une chance de la sauver, la Savante n’en avait absolument aucune.

    - Ne lutte pas, Tatsu. Tout va bien.


    Tatsu se figea.
    Les assauts répétés qu’elle s’infligeait à elle-même pour sortir du contrôle des Errants était parfaitement vain. Elle se sentait comme prisonnière d’une minuscule cellule contre laquelle elle raclait ses crocs, s’arrachait les griffes et mutilait sa peau. L’étau des âmes se referma sur elle, et avec le plus pur et le plus violent des sentiments de terreur pure, elle perdit intégralement sa conscience. Tout ce qui restait d’elle était son corps, mû par un esprit qui n’était pas le sien.

    Elle rejeta la tête en arrière, la gueule grande ouverte sur ses crocs monstrueux. Sa crinière était devenue plus longue et plus ample. L’éclat fou de ses yeux obscurs lui donnait des allures de démon. Elle poussa un bref grondement, et aspira l’âme de Valka. Elle l'en extirpa de son corps, à travers ses narines, ses oreilles, ses yeux qui pleuraient désormais des larmes de sang. Alors que sa vie lui était arrachée, Valka se raccrochait à une image, qu’elle s’était composée à l’instant même où elle avait cessé de parler. Une image qu’elle s’imposa à l’esprit, le temps que celui-ci s’effrite, et qu’elle ne tombe dans l’oubli : elle, aux côtés de Tatsu, ses deux enfants jouant sur la terre bénie de l’île qui respirait l’espoir sous un soleil doré. Dans sa vie, Valka n’aurait pas tout raté. Il subsisterait toujours ces deux petits joyaux, ces deux sublimes fragments d’espoirs, promis à un avenir radieux, elle le savait. Et où que la mènerait Tatsu après s’être approprié son âme, elle se jura de veiller sur eux.
    Les os de la louve se brisèrent un à un, puis ses pattes ne parvinrent plus à soutenir son corps, qui tomba au sol dans un bruit de craquement sinistre. Tatsu avala jusqu’à la dernière goutte d’énergie, puis chuta elle aussi, toussant frénétiquement, incapable de respirer. Son regard revînt à la normale. Pendant de longues minutes, elle crut s’évanouir, ou peut-être mourir, la frontière entre les deux lui paraissait alors bien maigre. Désorientée et incapable de se souvenir de ce qui s’était passé, elle ancra son regard dans le ciel. Il était devenu bien gris. Elle baissa les yeux et avisa le temple d’Ao. La mémoire lui revînt alors. Tout, petit à petit, repris une place logique dans son esprit, jusqu’à ce qu’elle ne voit défiler devant ses yeux des bribes de ce qui ressemblait à un épouvantable cauchemar. Elle s’assit, et lentement, tourna la tête sur le côté.
    Le cadavre mutilé de sa mère baignait dans une mare de poussière et de fumée noire. Elle fixait la masse disloquée avec des yeux ronds, la respiration bien trop rapide, le cœur battant trop vite, trop fort. Le corps de Valka se trouvait là, mais il était méconnaissable. Il n’y avait littéralement plus que la peau et les os, qui saillaient de toutes parts, comme si son cadavre avait déjà passé des semaines et des semaines à se flétrir. Ses orbites étaient vides, ses griffes tordues et émoussés, sa gueule légèrement ouverte sur un cri muet. La respiration de Tatsu s’accéléra encore, et encore, et encore puis elle s’écroula sur le corps glacé de sa mère, dont les quelques os tenant encore debout se mirent à craquer face au contact. Elle explosa en sanglots, des sanglots horribles, laids, atroces, qui ressemblaient plus à des aboiements acharnés qu’à des pleurs. Elle se redressa, hurla à gorge déployée, ouvrit les yeux, mais ne distingua qu’un flou intégral. Elle se blottit à nouveau contre sa mère, essaya par tous les moyens de la faire revenir, léchant son front, enfouissant son museau dans sa poitrine osseuse, la forçant à se remettre sur ses pattes, mais elle refusait de tenir debout. A nouveau, Tatsu rejeta la tête en arrière et brailla sa douleur, mais cela non plus ne ramena pas Valka. Elle était partie.
    Ou plutôt, elle était en elle.
    Au lieu de la rassurer, cette constatation emplit Tatsu d’une horreur qu’il est absolument impossible de décrire avec des mots communs. Car si l’âme de Valka, à l’instar de toutes les autres victimes, était piégée en elle, cela signifiait qu’elle n’aurait pas accès aux cieux éternels qui lui étaient si justement promis. Elle était prisonnière de la furie de l’âme qui avait souhaité sa mort. Et qui lui disait qu’elle se trouvait vraiment là ? Elle pouvait être ailleurs. N’importe où. Coincée entre deux mondes, entre la vie et la mort, ou perdue dans un néant intangible. Tout cela à cause de quelqu’un qui avait souhaité sa mort.
    Mais qui ? Qui aurait pu vouloir une telle chose ?
    Qui Valka aurait-elle trahi ?
    Cela n’avait aucun sens.
    Qui ?

    La réponse ne lui vînt pas.
    Elle resta ainsi longtemps, très, très longtemps. Plusieurs heures, plusieurs nuits, plusieurs jours. Lorsque les charognards virent rôder autour, elle les chassa avec hargne, en tuant même quelques-uns et les laissant pourrir sur place. Au crépuscule d’une nouvelle nuit, mue par un instinct aussi soudain qu’inattendu, Tatsu hissa la carcasse de Valka sur son dos. Elle était incroyablement légère, elle ne pesait pour ainsi dire rien du tout. Elle mit le cap vers l’est, et chemina lentement, en prenant tout son temps, laissant ses pattes la guider et son regard errer dans le vague.

    - Je te ramène chez toi, Maman.


    La brume dansait autour de Tatsu, et sa voix était à nouveau chargée d’échos. Pourtant, elle n’entendait pas le moindre bruit dans son esprit. Les Errants étaient toujours là, hélas, et son glowstick brillait bel et bien de son éclat sournois. C’était comme s’ils avaient choisi de la laisser porter son deuil. Une constatation incroyable, que Tatsu effleura de la pensée sans vraiment s’y attarder. Qu’ils parlent, chantent, murmurent ou soient silencieux, cela ne changerait de toute façon rien pour elle.
    Elle passa l’orée de la Forêt Pluviale. Les gouttes de pluie tombèrent sur son visage alors qu’elle le levait pour observer la cime des arbres. Une douce mélopée emplissait le silence de la forêt, comme si celle-ci pleurait la mort de celle qui l’avait tant aimée de son vivant. Elle déposa le corps de Valka près de la rivière, et tenta de se repérer, évitant soigneusement de poser les yeux sur la cascade qui masquait l’entrée du temple de Yurai. Néanmoins, elle sentit le regard de la déesse suivre le moindre de ses mouvements, mais tâcha d’en faire abstraction. Elle porta à nouveau sa défunte mère et suivit la rivière en contrebas, ne s’éloignant que d’une cinquantaine de mètres du temple, puis tourna à gauche. C’était cette clairière que Valka avait tant chéri. Une ouverture entre les arbres permettait d’accéder à la rivière, et de suivre le fin sentier qui la bordait pour remonter jusqu’au temple de la Corneille. Dans la clairière, de très petite taille, le sol était tapissé d’une herbe verdoyante, haute et épaisse, qui profitait de l’humidité pour s’épanouir. Elle était bordée de petites fleurs blanches et violettes qui dansaient joyeusement sous les rayons du soleil qui filtraient à travers les arbres, lorsque celui-ci était de sortie. Au fond, une très grosse souche évidée avait été tapissée de feuilles et de mousses pour constituer un lit confortable. Elle l’y avait souvent amenée lorsqu’elle était petite. Elle s’était beaucoup amusée à courir après les papillons, mais sans les attraper ou sans les toucher, car elle ne souhaitait pas leur faire de mal. Elle avait humé les fleurs qui somnolaient sous les timides rayons du soleil et avait invité sa mère à en faire de même. Elles s’étaient installées au creux de la souche, et Valka lui avait raconté l’Histoire de Punk Wolf. Tout ce qu’elle en savait, y compris ce qu’elle avait découvert sur le passé caché par Cronos. Elle lui avait parlé de Leto, ce possible ancêtre oublié dont Valka s’était souvenue, et dont elle avait rêvé plusieurs fois. Tatsu avait bu chacune de ses paroles, et s’était beaucoup amusée à jouer à la poursuivre, alors que son regard étincelait de joie et que le vent caressait tendrement sa belle fourrure brune lustrée.
    Tant de souvenirs.
    Ce fut au centre de cette ravissante clairière que Tatsu se mit à creuser. Un trou grand et profond, dont elle aplatit le fond de ses pattes. Elle le tapissa d’herbe, de feuilles et de fleurs, en disposa aussi tout autour. Puis, lentement, elle fit glisser le corps de sa mère à l’intérieur, et s’assit dans un soupir.
    Son cœur était brisé. Complètement brisé. Ce devrait être elle, gisant au fond de ce trou, mais pas Valka. Si elle avait mérité d’être punie, elle n’avait jamais, jamais mérité de mourir d’une façon aussi atroce. Elle n’avait pas mérité d’être privée des cieux et des dieux qu’elle avait passé sa vie à honorer le plus dignement du monde. Mortifiée, Tatsu lui jeta un dernier regard, et pencha le cou pour récupérer son collier. Au moment où elle se relevait difficilement pour refermer la tombe, un frémissement lui fit tourner la tête. Un vent très léger, mais surnaturel, souffla en direction de Tatsu. Celle-ci plissa les yeux sous sa caresse douce, mais étrangement chaude. Dans son courant voletait une plume de couleur pourpre, qui dansa dans les airs avant de planer au-dessus de la tombe, pour finir par se déposer à l’endroit du cœur de la louve. Aussi désemparée que reconnaissante, Tatsu se mit à prier avec ferveur et remercia Yurai pour son geste, et s’autorisa à contempler sa mère encore un instant avant de refermer la tombe.
    Mais cela n’avait aucune importance. Valka ne reposait pas. Valka était promise à une éternité de tourments. Tatsu ne pouvait y penser, c’était trop douloureux, trop atroce, et surtout, il n’y avait pas la moindre solution. Elle n’avait aucune certitude en ce qui concernait l’endroit où l’âme de Valka séjournait, en ce moment même. Si elle était juste là, à côté d’elle, dépourvue de corps et de forme, mais toujours présente dans cette dimension. Ou ailleurs, dans un autre monde, si elle avait pu malgré tout trouver son chemin jusqu’aux cieux éternels promis par leurs divinités révérées. Ou au fin fond d’un gouffre d’horreurs où elle ne connaitrait non pas le repos, mais la souffrance éternelle. Si l’âme qui lui avait dicté sa mort jouait avec elle, s’amusait à lui faire payer des crimes qui n’existaient même pas. Les joues trempées par ses larmes, elle ferma les yeux. Le murmure des Errants était toujours là, embrumant son esprit. Pour la première fois de sa vie, elle y prêta vraiment attention. Elle chercha celle qui l’avait tourmentée pendant si longtemps, celle qui l’avait lancée dans cette traque sans le moindre indice et l’avait torturée sans relâches. Elle se souvenait de cet écho, très particulier et insistant. Elle ne le retrouva pas. L’âme vengeresse, une fois satisfaite, avait disparu. Elle se concentra davantage. Où était Valka ? Tatsu fouilla dans les tréfonds de son âme et sonda chacune de celle qui se trouvait encore en elle : rien. Elle était hors de sa portée. Impuissante, elle rouvrit les paupières sur ses yeux rougis par les sanglots, et leva la tête vers le ciel. Incapable de soutenir la vue du monde réel, elle ferma à nouveau les yeux.

    Sa gueule s’entrouvrit sur un hurlement, un long chant débordant de tristesse et de regrets, qui prit petit à petit en puissance jusqu’à devenir assourdissant. Le chagrin, la terreur, la culpabilité, l’horreur, l’incapacité à envisager la vie, tous ces sentiments perçants trouvaient une sorte de voie de sortie à travers cet hommage mélancolique. Il dura longtemps, aussi longtemps qu’elle fut capable de chanter, jusqu’à ce que sa bouche ne se fasse sèche et que l’air ne lui manque pour respirer.

    Alors, tandis que les lueurs du soleil commençaient à décliner, Tatsu se tut.
    Elle se coucha à côté de la tombe de sa mère et se roula en boule à son côté, comme lorsqu’elle était petite. Elle ferma les yeux. Elle se vit installée à cette même place, sous le crépuscule grandissant, tandis que la silhouette de sa mère se matérialisait sous un aspect fantomatique, illusoire, mais suffisamment puissant pour que sa présence paraisse bien réelle, douce et rassurante. C’est dans ce songe parfait que Tatsu céda à un brusque sommeil. Lorsqu’elle se sentit dériver, elle pria simplement les dieux de ne pas la réveiller.

    Elle ne voulait plus jamais ouvrir les yeux sur un monde sans Valka.

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Le Dénouement
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